Alex Garland, réalisateur d'Ex Machina 

 

« Je ne suis pas alarmé par l’idée d’avoir des machines conscientes et lucides. Elles seraient peut-être meilleures que nous. »

Je m’intéresse aux intelligences artificielles depuis que j’ai développé, enfant, un petit programme, Hello World, sur un ZX Spectrum. Enfin, aux IA qui n’existent pas encore, autonomes et sensibles. Je me penche sur un sujet des années, puis un scénario se forme en silence, avant d’éclore. Je travaillais sur le script de Dredd et l’idée d’Ex Machina a jailli : un jeune codeur participe à un test de Turing pas comme les autres.

Je veux que les gens oublient qu’Ava (en haut) est un robot, tout en constatant visuellement qu’elle en est un. Les êtres humains éprouvent facilement de l’émotion pour des objets inanimés. Le plus difficile, c’est de les en empêcher, justement. Un enfant pensera toujours que son ourson en peluche est une créature douée de sensibilité ; difficile d’en trouver un qui affirme que c’est juste un bout de tissu et du rembourrage…

Ce film ne fonctionnerait pas sans les effets spéciaux de Double Negative. Ava est un mélange entre effets visuels et réels. L’actrice qui l’incarne, Alicia Vikander, a porté une prothèse formant une sorte de masque et une arête saillante, utiles pour les CGI. Elle disposait d’un costume — la cotte de maille qui couvre sa poitrine et ses épaules — que nous ajustions en temps réel.

Dans le film, l’arrière du crâne d’Ava et son cou sont robotisés, mais ce n’était pas l’intention de départ. On voulait que seuls ses jambes, ses bras et son torse le soient, mais, à chaque gros plan de son visage, on se disait qu’on le faisait pour éviter les effets visuels trop difficiles.

Google, Facebook et d’autres grands du domaine ont financé cette technologie, car des IA qui savent parler d’une façon si particulière sont d’une grande valeur. Siri n’est pas mal, mais ne sait pas parler comme le ferait une vraie personne. À certains moments, c’est flagrant.

Je ne suis pas d’accord avec Stephen Hawking, qui a affirmé que l’IA pourrait marquer la fin de l’humanité : pour moi, c’est une bonne chose. Si une IAest une machine consciente, autonome et sensible, pourquoi dire que la création d’une nouvelle conscience est obligatoirement problématique ? À chaque enfant qui naît, les parents créent une nouvelle conscience, et cela ne gêne personne. Et il y a même de fortes chances que cette nouvelle conscience soit meilleure que nous. Alors, pourquoi vouloir arrêter ce processus ?

L’avis de Stuff 

Ex Machina : Un Thriller SF intelligent - test

Des effets époustouflants au service d'un film étonnant