Name dropping : John Hanke

Depuis des années, John Hanke aide les gens à retrouver leur chemin dans le monde entier. Il a co-fondé Keyhole Inc., la société de « visualisation géospatiale » qui est devenue par la suite Google Earth, puis a mené l’équipe qui a créé Google Maps et Street View. Non content d’avoir transformé notre téléphone en GPS personnel, il a quitté la division Géolocalisation pour reprendre Niantic Labs, l’un des laboratoires d’idées de Google. Depuis, il a participé au lancement de Field Trip, une application qui vous renseigne sur votre environnement immédiat, mais ce n’est qu’un début : son but est de développer des jeux qui utilisent le monde réel immédiat comme terrain ludique.

« J’ai toujours aimé les cartes.

Gamin, je regardais souvent la chaîne National Geographic, et ils montraient ces grandes cartes dépliées du Nil ou des cultures antiques. Je pouvais passer des heures à m’imaginer fouler ces endroits passionnants. Avant les ordinateurs, on pouvait déjà rêver d’ailleurs.

Je me suis inspiré des premiers jeux vidéo.

J’ai travaillé sur l’un des premiers MMO, Meridian 59. C’était un précurseur d’Ultima Online, EverQuest et World of Warcraft, et cela m’a appris la patience. C’est une valeur que j’ai amenée à Google Earth : il faut savoir que ces choses prennent du temps à faire leur place dans l’esprit des gens. Pour que la technologie évolue, il faut penser à long terme.

Désormais, je m’intéresse à la réalité augmentée.

Il y a un livre de Vernor Vinge, Rainbows End, qui dépeint un futur où tout le monde dispose de capacités de réalités augmentées implantées dans le corps. Chacun vit dans une version stylisée du monde qui lui convient, et joue à des jeux reprenant leur environnement réel. Cette technologie va se réaliser – cela prendra une décennie, ou plus, mais cela va arriver.

C’est pour ça que nous développons des jeux en réalité alternée (ARG).

Le premier est Ingress, un jeu de stratégie. Nous avons monté notre premier événement sous un froid arctique, mais 75 personnes y ont assisté et y ont joué toute la journée. Lors de la dernière rencontre, à Munich, 2 000 personnes étaient présentes, plus 1 500 aux États-Unis et 2 000 dans d’autres villes. Tous ces gens ont suivi des plans stratégiques pendant cette journée, plans développés depuis des semaines en amont chez eux.

Le vêtement connecté améliorera l’expérience ARG.

J’imagine parfaitement jouer à Ingress grâce à une smartwatch, parler avec les gens autour de moi, et utiliser de temps à autre mon oreillette : ce sera moins génant qu’actuellement, avec un smartphone.

Notre nouvel ARG, Endgame, utilise une ancienne technologie : le livre.

Grâce à des personnages du jeu liés au roman éponyme, nous allons faire évoluer l’histoire en parallèle, de la même manière que nous avons opéré avec Ingress. C’est donc une façon ouverte, souple, immersive, sans fin prédéfinie, de raconter une histoire. Je pense que c’est le futur pour certains types narratifs, où vous voulez à tout prix créer des mondes alternés. Vous débutez avec une palette énorme pour créer un univers, puis vous explorez différentes narrations et expériences. Si Tolkien était vivant, il ferait exactement cela. »