Comment l'Apple Watch a fait de moi son esclave

Le petit ordinateur pour poignet Apple a sournoisement conquis notre plus sceptique journaliste.

Quand ma femme s'est mise à parler de ma Apple Watch comme de la "montre de Pavlov", j'ai réalisé l'étendu de son impact sur ma vie. Lorsque la chose émet un son, j'y répond docilement, en consultant les notifications à chaque fois qu'une nouvelle apparait à l'écran. Toutes les heures, je me lève et me dégourdis les jambes quand mon maitre au poignet me donne l'injonction de rompre mon attitude de flemmard, assis sur son derrière toute la journée.

Je ne m'y attendais pas. Bien que je sois un utilisateur chevronné, et journaliste spécialisé, des appareils Apple, j'ai toujours été très sceptique quant aux nouveaux produits Apple. Quand l'iPod est arrivé, je l'ai considéré comme un lecteur MP3 inutile et cher.

Quand l'iPhone a gagné l'App Store, j'ai remis en doute sa crédibilité; quand l'iPad a été lancé, j'en ai acheté un uniquement parce que j'avais une commande pour écrire un livre dessus. 

Mais dans tous les cas, j'ai vite été conquis. La facilité d'utilisation de l'iPod faisait vraiment la différence, comme l'innovation de l'expérience de jeu sur l'iPhone. Sur l'iPad, il y a un eu une rapide évolution d'application ambitieuses, à tel point que je compose désormais la plupart de mes morceaux sur Korg Gadget sur un iPad Air.

Mais avec l'Apple Watch, j'étais particulièrement sceptique : je pensais que je passerais simplement de quelqu'un qui n'a pas de smartwatch à quelqu'un qui regrette d'en avoir achetée une.

Le problème c'est que j'étais doublement sceptique vis à vis d'un accessoire pour poignet Apple. Non seulement je n'étais pas convaincu de la nécessité de l'appareil en lui même (au moins du point de vue de mon quotidien), mais en plus je n'avais plus porté de montre depuis presque une décennie. Apple devait me convaincre de porter ce truc au poignet et de le garder.

J'avais choisi une version Sport noire et grise, comme, apparemment, un million d'autre personnes, puisque je n'ai reçu la fameuse boite que 10 jours après sa date de sortie, alors que mes collègues aux choix plus colorés et brillants l'avait reçue avec des semaines d'avance. Mais la boite de pandore potentielle finit par arriver.

La montre était suffisamment simple pour être utilisée de suite et assez confortable. Le détecteur de mouvement était très réactif, mais j'ai quand même vite pris la manie de lever mon poignet dans un geste exagéré et comique pour m'assurer du bon déverrouillage de l'écran à chaque fois.

Ce qui était moins simple était de convaincre la chose d'installer des applications. Il a fallut fermer et rouvrir les applis pour chacune d'entre elles via l'appli dédié sur iPhone avant que la montre n'accepte de lancer les applis installées, un peu comme dans Un Jour Sans Fin.

Un départ peu propice à améliorer mon opinion a suivi, et j'ai vite réalisé que je ne savais en fait pas à quoi pouvait bien servir l'Apple Watch. Pour être plus précis, la montre ne m'a pas vraiment aidé à comprendre son utilité. L'écran s'éteignait à chaque temps de latence, pour faire durer sa maigre batterie, ce qui rendait l'utilisation des applis pénible. Et la majorité des applis n'était de toute façon pas extraordinaire.

Je me suis directement consacré aux jeux, mais ils se sont avérés quasi-uniformément déplorables. Maps m'a aussi donné du fil à retordre, et la seule chose qu'elle a réussi à faire c'est me faire rater un rendez-vous.

Surtout, les applis mettaient souvent tellement de temps à s'ouvrir que je trouvais plus rapide de sortir mon iPhone de ma poche et de l'utiliser à la place. Mon Apple Watch était rapidement devenue une simple montre, mais une montre à 399 € qui requérait en plus que je lève mon poignet dans un geste qui me faisait passer pour un déséquilibré, juste pour voir l'heure.

Autant dire que la première semaine n'a pas été facile.

J'ai redoublé d'efforts, en essayant de déterminer les notifications qui me seraient réellement utiles - pas si simple, puisque des applis à la limite du spam et les jeux m'ont poussé à basculer du mode par défaut à DÉSACTIVER TOUTES LES NOTIFICATIONS sur mon iPhone et mon iPad.

J'ai ensuite découvert que certaines infos anodines pouvaient être utiles, comme des alertes Twitter lorsque quelqu'un m'avait envoyé un message. Même si je les utilisais très peu sur mon iPhone, Twitterrific, BBC News, et NY Times ont commencé à devenir des notifications régulières à mon poignet.

J'ai installé une appli de football, qui m'informait à chaque fois qu'une équipe que je suivais prenait ou marquait un but. Et j'ai ajouté plusieurs applis météo, pour avoir de quoi discuter avec des inconnus au cours de mes voyages en ascenseur.

Tout commença à buzzer à mon poignet. Je recevais des notifications Twitter et des rappels de calendrier en quantité. Mon poignet était informé de l'heure du déjeuner. Je savais instantannément si j'allais devoir rentrer trempé de la promenade du chien.

Des portions d'informations se faisaient un passage jusqu'à mon poignet, de même que les alertes iMessages et eBay. Mon iPhone n'était pas délaissé, mais je l'utilisais un peu moins souvent. J'avais l'impression d'en devenir plus alerte, mais, comme je l'ai écrit plus haut, ma femme n'était pas de cet avis et la nature étonnamment contraignante de mon Apple Watch l'exaspérait de plus en plus.

J'avais résolument décidé de ne plus jeter de coups d'oeil à mon poignet lorsque j'étais accompagné, bien que mon seigneur Apple essayait désespérément de me faire céder.

Deux événements survenus cette semaine illustrent mon ressentit confus à propos de l'Apple Watch, après deux mois d'utilisation. Une fois, j'ai tout simplement oublié de la mettre le matin - et j'ai réalisé, un peu tristement, qu'elle ne m'avait pas vraiment manqué.

Une part de moi était légèrement déçue d'avoir rompue la continuité de l'utilisation de la Watch. Ce qui est stupide (c'est la même part de moi qui a tenté une fois de punir ma Apple Watch en ne me levant pas toutes les heures comme me l'exigeait la montre, parce qu'elle refusait d'installer une appli. "Ça lui apprendra" je me disais, de façon tout à fait non-rationnelle. Elle n'a pas appris.)

Le second événement consiste en la découverte de l'Apple Watch par ma fille de un an. Elle avait pigé comment fonctionnait l'interface et en était dingue. Elle est devenue de plus en plus fascinée par l'objet au cours des semaines, et apprenait comment relever ma manche pour atteindre l'objet convoité tapis dans l'ombre de ma chemise.

Désormais, elle faisait allègrement défiler l'écran avec ses doigts et jouait avec la couronne digitale. (Les applis en haut ! Les applis en bas ! Les applis en haut ! Clic. Clic. CLIC CLIC CLIC CLIC CLIC CLIC !) Ni l'iPhone, ni ses propres jouets ne pouvait tenir la comparaison.

De toute évidence, ma fille en sait instinctivement plus sur cette technologie que moi, et l'Apple Watch a pour elle quelque chose de très spécial. J'attendrais donc watchOS2 en me levant docilement toutes les heures et en essayant de ne pas assommer quelqu'un quand je lève mon bras pour activer l'écran à chaque fois que je veux regarder l'heure.